l y a toujours un type, au comptoir, qui jure qu’il avait vu venir le but. Il le dit après. Jamais avant. C’est son droit, et à vrai dire c’est son métier.
Les machines n’ont pas ce confort. On leur demande de dire avant. De regarder le match, de compter les courses, de mesurer l’angle d’un genou, de ranger le calendrier d’un club de handball de banlieue et, tant qu’on y est, de deviner qui gagnera samedi.
Alors des gens ont monté des entreprises pour ça. Pas mal de gens. Certains ont levé des sommes qui feraient pâlir un président de club de National 2. Voici qui ils sont, ce qu’ils fabriquent vraiment, et la place qu’occupe, tout au bout de la chaîne, le pronostic sport IA.
Des caméras, un ballon et une machine qui prend des notes
Commençons par le plus terre à terre : la vidéo. L’analyse vidéo sport IA, c’est poser une caméra (ou un simple téléphone) et laisser un modèle reconnaître les joueurs, suivre le ballon, repérer un tir, un rebond, une faute. Ce que faisait autrefois un stagiaire avec un carnet et une migraine.
SportsVisio, installée à Boston, en a fait un produit. On filme un match, et sortent les statistiques, les temps forts, les indicateurs de performance. Basket et volley pour l’instant, d’autres sports prévus. En avril 2026, l’entreprise a annoncé 3,2 millions de dollars supplémentaires, ce qui porte le total levé à 9 millions. Elle dit travailler avec plus de 150 ligues et compter 16 000 utilisateurs dans 16 pays.
Ces chiffres racontent une chose simple. Il existe une quantité folle de matchs de gamins que personne ne filmait, et quelqu’un a décidé de les prendre au sérieux.
SportAI et Sportix : le geste d’un côté, le foot de l’autre
À Oslo, SportAI s’occupe du geste. Sa plateforme analyse la technique d’un sportif à partir d’une vidéo, pour que la précision d’un entraîneur de haut niveau ne soit plus réservée à ceux qui ont les moyens de se l’offrir. Après un premier tour d’amorçage de 1,8 million de dollars, la société a annoncé un tour d’environ 3 millions.
Sportix a choisi le football. Elle a levé autour de 3 millions de dollars en mai 2026, juste avant la Coupe du monde, pour sa plateforme d’analyse de matchs. (Les montants varient un peu selon les articles, entre 3,2 et 3,5 millions. C’est fréquent, on y revient plus bas.)
Les articles qui ont suivi l’opération pointent un obstacle qui n’a rien de romantique : le prix des droits sur les données officielles, et la présence d’acteurs installés qui ont déjà signé avec les ligues. Dans le sport, la donnée a un propriétaire. Et il ne la prête pas.
Fastbreak AI et OTTO : l’IA qui range les calendriers des clubs amateurs
Personne ne rêve de gérer un calendrier de tournoi. Personne. C’est pour ça que ça vaut des millions.
Fastbreak AI fabrique des logiciels pour planifier et faire tourner des ligues, des tournois, des clubs. L’entreprise, dirigée par John Stewart, a bouclé une série A de 40 millions de dollars en novembre 2025. OTTO SPORT AI, à Minneapolis, vise le sport des jeunes : 16,5 millions de dollars en amorçage annoncés en janvier 2026, auprès notamment de Rally Ventures et de Mamba Growth Equity, avec un laboratoire maison baptisé AI Lab, pour « Athlete Intelligence », qui développe des outils pour les clubs, les ligues et les tournois.
À New York, ScorePlay s’occupe d’autre chose : les contenus médias des équipes, qu’elle gère avec de l’IA. Fondée en 2021, elle cumule 19,5 millions de dollars levés selon Global Venturing. Pas de ballon dans son histoire, seulement des photos et des vidéos. Il en faut aussi.
Côté français : des coachs de poche et une grosse ligne à 51 millions
La startup française IA sport existe, et elle lève. En octobre 2025, Playse a annoncé 5 millions d’euros. Son idée : relier des coachs de football professionnels et des parents, et récolter au passage, grâce à l’IA, une masse de données sur les kilomètres parcourus, l’intensité des courses, les ballons touchés, les mouvements de jambes. Imaginez le bulletin scolaire d’un gamin de dix ans, version GPS.
Kotcha, de son côté, a bouclé 3,5 millions d’euros pour démocratiser un coach de course à pied assisté par IA. Dans la poche, sans le sifflet.
Et puis il y a SkillCorner. Dans le recensement hebdomadaire des levées françaises de la semaine 50 de 2025, publié par Les Pépites Tech, son nom apparaît à côté du chiffre de 51 millions. L’entreprise est connue pour la donnée de tracking tirée des images de match. Voilà, on n’est plus tout à fait dans le bricolage de garage.
Qui paie tout ça ? Un fonds d’IBM, un tournoi de tennis et un musée olympique
Les tours de table ne tombent pas du ciel. Ils sont préparés dans des concours, des programmes d’accélération, des tournois avec des projecteurs.
IBM et Web Summit ont lancé un défi dédié aux startups du sport, avec des étapes régionales et une finale à Web Summit Lisbonne 2026. À Vancouver, la responsable mondiale du capital-risque d’IBM, Emily Fontaine, y a évoqué un fonds de 500 millions de dollars consacré à l’IA pour les startups du sport.
Tennis Australia, lui, a ouvert son programme Australian Open StartUps à neuf nouvelles entreprises en 2026, dont Bronco (Irlande) et CRED (États-Unis). Le programme sert de banc d’essai à Australian Open Ventures, la branche capital-risque de la fédération, dotée de 61 millions de dollars australiens.
En Suisse, le Sport Innovation Challenge de ThinkSport consacré à l’IA et à la robotique a tenu sa finale le 5 mai 2026 au Musée olympique de Lausanne. Cinq des vingt demi-finalistes ont rejoint Tech4Sport, un programme d’accélération de sept semaines au cœur de la capitale olympique. Un musée, des startups, des médailles derrière des vitrines. On a vu pire comme décor.
Aux États-Unis, Carnegie Mellon et l’AI Strike Team ont réuni six finalistes, choisis parmi près de cent candidatures, pour une cagnotte de 1,75 million de dollars pendant la semaine de la draft. Et Paul Tudor Jones, lui, a fondé SumerSports pour tenter de changer le football américain avec l’IA.
Comment lire un tour de table sans se faire embobiner
Une levée de fonds n’est pas un chiffre d’affaires. C’est une promesse, avec des investisseurs derrière. Quelques réflexes simples.
D’abord, regarder le stade : un amorçage de 3 millions et une série A de 40 millions ne racontent pas la même histoire. Ensuite, se méfier des montants isolés, car ils bougent d’un article à l’autre (Sportix en est la preuve). Enfin, chercher qui utilise le produit. SportsVisio parle de ligues et d’utilisateurs, c’est mesurable. « Révolutionner le sport », ça ne l’est pas.
Et le pronostic dans tout ça ?
Au bout de cette chaîne de caméras, de capteurs et de tableurs, il y a une question toute bête, la plus vieille du monde : qui va gagner ?
C’est là qu’entre en scène le pronostic sport IA. Pas avec une boule de cristal. Plutôt avec un bon tableur.
Betting Tips AI, dont la version française s’appelle Pronos IA, publie chaque jour des pronostics foot gratuits générés par intelligence artificielle. La machine regarde la forme des équipes, le calendrier et les cotes, puis rend un seul choix par match : victoire d’un camp, plus de 2,5 buts, ce genre de chose. Le site couvre le football (Ligue 1, Premier League, Liga, Bundesliga, Serie A, Pro League belge, Eredivisie, Primeira Liga, Super Lig, Allsvenskan, Ligue des champions, Ligue des champions féminine) et le cricket. Il propose aussi un convertisseur de cotes. Il est publié depuis Stockholm par Collatio Media AB.
Ce qui le distingue, c’est qu’il montre ses ratés. Sous chaque match terminé figurent le pronostic publié et son verdict, Gagné ou Perdu. Le 24 octobre, Köln et Schalke 04 ont fini sur un 0 à 0, et le site a écrit Perdu, sans fioriture. Au 26 octobre 2026, le compteur affiche 332 pronostics justes sur 463, soit autour de 72 %.
Attention quand même. 72 %, ce n’est pas 72 % de bénéfice. Un favori à petite cote qui gagne souvent rapporte peu, et une mauvaise série suffit à effacer le reste. Un taux de réussite n’est pas un rendement. Un pronostic, même fabriqué par une machine, reste un avis éclairé, jamais une promesse.
Ce que la machine ne sait pas faire sur un terrain boueux
La machine sait beaucoup de choses. Elle ne sait pas que le gardien a mal dormi. Elle ne voit pas la pelouse détrempée d’un soir de novembre, ni l’arbitre qui a décidé de se faire remarquer. Elle ne sait pas non plus que le latéral gauche s’est tordu la cheville à l’échauffement, vingt minutes avant que la composition tombe.
Les startups citées plus haut le savent très bien, d’ailleurs. Elles vendent de l’aide à la décision, pas de la clairvoyance. Un entraîneur qui regarde une courbe de fatigue ne cesse pas d’être entraîneur. Un parieur qui regarde un pronostic IA ne cesse pas d’être responsable de sa mise.
Questions qu’on pose souvent
C’est quoi, une startup sporttech ? Une jeune entreprise qui applique la technologie (IA, vision par ordinateur, capteurs, logiciels de gestion) au sport : performance des athlètes, organisation des clubs, médias, expérience des fans.
Un pronostic fait par une IA est-il fiable ? Pas au sens d’une garantie. Un modèle repère des tendances (forme, calendrier, cotes), mais il ne prévoit pas une blessure à l’échauffement. Le bon réflexe est de consulter l’historique publié, y compris les pronostics perdus, et de jouer avec modération.
Combien lèvent les startups IA du sport ? Entre 3 et 5 millions pour les plus jeunes (SportsVisio, Sportix, SportAI, Playse). Ensuite, les montants montent vite : 16,5 millions de dollars pour OTTO SPORT AI en amorçage, 40 millions de dollars pour Fastbreak AI en série A, et 51 millions pour SkillCorner.
Un dernier mot, le plus sérieux
Les paris sportifs sont réservés aux plus de 18 ans, ils peuvent créer une dépendance, et aucun pronostic, humain ou artificiel, ne garantit un gain. En France, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).
Le type du comptoir, lui, a déjà tout compris. Il attend la fin du match pour le dire.
